Chroniques de la fin du monde - Tome 2 L'Exil
Susan Beth Pfeffer
Le premier tome avait été un coup de coeur absolu... Rappelez-vous : nous suivions une adolescente à travers son journal intime qui faisait aussi office de carnet de bord, créant une certaine proximité et un attachement immédiat.
Ici, nous sommes invités à suivre un adolescent de 17 ans, Alex Morales, un jeune portoricain qui vit de façon assez modeste avec ses parents et ses deux soeurs à New York. Ce qui marque cette famille, c'est la religion : tous sont croyants.
On reprend l'idée de départ et on recommence le récit, mais vu d'ailleurs. L'astéroïde percute la Lune, comme prévu, mais la dévie de façon inattendue en la rapprochant de la Terre : un enchaînement de cataclysmes commence et signe la fin du Monde tel que nous le connaissons. La lutte pour la survie commence.
A ce moment-là, les parents d'Alex sont absents et disparaissent... C'est peut-être bien ce qu'il y a de pire pour une famille : ne pas savoir ce qu'il est advenu des disparus, s'ils sont vivants ou morts et s'il faut encore les attendre. Alex se retrouve ainsi "chef de famille" et doit veiller sur ses deux petites soeurs : Briana (aînée des deux) et Julie (adolescente de presque 13 ans). Cette mission n'est pas de tout repos et demandera au jeune homme de beaucoup prendre sur lui : il devra gagner en maturité, assurer la survie et la sécurité de deux personnes qui dépendent de lui, et faire donc face à de lourdes responsabilités.
Si ce deuxième tome reste dans la lignée du premier par rapport à l'idée de départ et au cadre, il se différencie aussi et devient unique avec cette nouvelle famille.
Tout d'abord, nous ne sommes plus dans un récit lié à un journal intime : plus de "je", mais la troisième personne du singulier. Un choix que j'ai parfois eu du mal à comprendre, car on ne suit pourtant qu'Alex, et lorsque l'on se penche sur ses soeurs, c'est toujours à travers son regard. Était-ce utile? Peut-être était-ce juste parce qu'Alex ne tient pas de journal intime? L'attachement est un peu plus long à se créer, même s'il finit par venir... Et heureusement, car c'est ce qui fait (entre autres) la magie de ce livre.
Autre différence : nouvelle famille (moins aisée), nouvelles valeurs. Il faut dire que parfois la répartition des rôles semble un peu machiste et pourrait laisser à désirer. L'homme de famille veille, les femmes cuisinent et rangent... Si au départ ceci peut hérisser le poil, on finit aussi par comprendre au fur et à mesure de la lecture qu'il y a un côté bienveillant qui permet à Alex d'éviter à ses soeurs des tâches plus pénibles à accomplir (comme une certaine forme de shopping).
Enfin, ce qui marque aussi ce tome et cette famille, c'est la place que tient la religion. Les Morales sont croyants et la notion de communauté est déterminante. Deux facettes se montrent : celle de la foi qui soutient les gens dans les épreuves les plus dures (c'est ce qu'on voit avec Briana) et celle d'une communauté qui donne lieu à un réseau d'entre-aide (écoles, Eglise, Pères, Soeurs). Un aspect intéressant au point de vue social (surtout quand on sait que de nos jours, la religion est en recul, notamment parce que l'aspect "communauté-réseau" a perdu du terrain - entre autres - selon certaines études).
Nous suivons ainsi Alex, et nous le voyons évoluer et gagner en maturité (tout comme ses soeurs). Nous sommes témoins de ce qu'il tente de faire pour s'adapter (la survie passant par l'adaptation depuis la nuit des temps) et lorsque nous plongeons entièrement dans le livre, nous vivons les joies et les peines des personnages... C'est là que l'attachement se crée. Et lorsqu'il est temps de fermer le livre... On en ressort hébété et, comme à la lecture du premier tome, on apprécie tout le luxe que l'on a (oui, l'électricité, le chauffage et la nourriture sont un luxe).
Plus les problèmes s'enchaînent, plus l'étau des pièges de la nature se resserre et plus on se sent oppressé... Difficile d'arrêter la lecture de ce tome (la nature brute était plus présente dans le 1er, ici nous assistons plutôt aux répercussion des désordres de cette dernières sur les villes, qui meurent à petit feu).
Comme toujours, ce roman est un excellent moment d'évasion, dans une atmosphère aussi oppressante que dépaysante. Nous passons par une multitude de sentiments : joie, espoir mais aussi tristesse, peur ou résignation.
Quoiqu'il en soit, les personnages font en sorte de tenir et de se battre jusqu'au bout, en développant des capacités d'adaptation parfois fascinantes, et nous, nous les suivons jusqu'à la dernière ligne, jusqu'au dernier mot.
Coup de coeur